6 prédictions pour l’économie canadienne en 2026
L’année nouvelle amène son lot de défis et d’opportunités pour l’économie canadienne, ainsi qu’une nouvelle série de prévisions.
Bien que des statistiques économiques favorables aient été publiées à la fin de l’automne dernier, le Canada a commencé l’année 2026 avec une croissance économique fragile, une incertitude persistante et des risques externes importants. Jusqu’à présent, une attitude optimiste, mais réservée, prévaut, mais de nombreux aspects devront s’améliorer cette année.
Compte tenu de ces éléments, voici les prévisions que nous avons établies pour l’année 2026 :
1. Les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis connaîtront un creux historique.
Le paradoxe de la dépendance vis-à-vis des États-Unis

Remarques : Données d’utilisation de l’ALENA indiquées jusqu’en 2019; ACEUM : Accord États-Unis-Mexique-Canada; données annuelles avec le dernier point de données en novembre 2025.
Bien que l’utilisation de l’ACEUM soit en hausse, environ 87 % des exportateurs disent profiter d’un traitement tarifaire avantageux. Cependant, notre part dans le commerce global avec les États-Unis continuera de diminuer alors que l’impact des droits de douane sur les exportations se stabilisera.
En novembre 2025, la part des États-Unis dans les exportations canadiennes a atteint un creux historique de 68 %, l’une des valeurs les plus basses en dehors de la période de pandémie. Les exportations d’énergie jouent un rôle clé dans ce changement. Les expéditions de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié vers les marchés asiatiques atteignent des niveaux record, ce qui a un effet stabilisant significatif sur l’économie canadienne.
Tous ces bouleversements ont lieu avant l’examen de l’ACEUM en juillet, ce qui crée une grande incertitude chez les exportateurs qui souhaitent maintenir l’accès en franchise de droits de douane au marché convoité de notre voisin du sud.
2. Les investissements en dehors du secteur de la défense restent modestes.
Le dynamisme de l’investissement est loin d’être au rendez-vous

Remarque : Les données les plus récentes de l’Enquête sur les perspectives des entreprises sont pour le T4 2025.
Bien que l’on s’attende à ce que les dépenses en capital du gouvernement pour la défense augmentent considérablement, avec près de 82 milliards de dollars de nouvelles dépenses de défense prévues sur les cinq prochaines années, les investissements autres que ceux liés à la défense ne devraient pas connaître une forte croissance en 2026.
Les incertitudes entourant l’accès au marché américain et les inquiétudes quant à la compétitivité du Canada ont un impact considérable sur la prise de décision des entreprises. La plupart des entreprises qui prévoient d’investir se concentrent sur le remplacement ou la réparation de l’équipement existant, plutôt que sur l’augmentation de la capacité ou l’adoption de technologies améliorant la productivité. La faiblesse persistante des investissements privés constitue un des obstacles structurels les plus évidents à la croissance canadienne.
3. La Banque du Canada maintient son taux directeur pendant une grande partie de l’année 2026
Fixez vos attentes en matière d’inflation

Remarque : Les données les plus récentes sont celles du T4 2025.
La Banque du Canada fut l’une des premières banques centrales à diminuer ses taux en raison de l’inflation record de 2022. L’année passée, elle a réduit ses taux d’intérêt d’un point complet, ce qui a permis de protéger l’économie des tarifs douaniers américains et de la baisse de la demande interne.
Les attentes quant à l’inflation sont toujours plus élevées que l’objectif ciblé. De plus, les estimations actuelles et futures de l’inflation pour l’année prochaine se situent à 4 %, ce qui représente presque le double des taux observés durant la dernière décennie. Avec près de deux tiers des composantes de l’IPC qui affichent une hausse supérieure à 2 %, la Banque surveillera l’évolution de cette tendance dans le contexte d’une économie affaiblie fonctionnant en deçà de son potentiel.
Nous anticipons une augmentation de l’inflation inférieure à 3 %, mais des facteurs pourraient émerger alors que l’économie cherchera à se relancer. La Banque, évoquant l’incertitude, persiste à indiquer que tout ajustement du taux d’intérêt débiteur se fera progressivement et uniquement si cela s’avère nécessaire. Tout porte à croire que le taux restera stable pour la plus grande partie de l’année 2026; les marchés ne prévoient pas de hausse des taux avant décembre. Tout cela dépendra de la façon dont l’économie se comportera face au processus d’examen de l’ACEUM en juillet, au ralentissement de la croissance démographique et à l’exécution du budget de l’année 2025.
4. La croissance du PIB canadien
Ralentissement de l’économie canadienne, mais amélioration du PIB par habitant

Remarque : « f » désigne la période de prévision
La croissance démographique devrait atteindre un plateau et l’activité économique globale devrait rester stable. Le revenu national par habitant, et probablement la productivité (PIB par heure travaillée), connaîtront une amélioration technique.
La faiblesse du PIB par habitant au Canada a retenu l’attention ces dernières années, en particulier si on le compare à celui des pays du G7 et de l’OCDE. Bien que cela représente un progrès, l’écart devrait persister. Le ralentissement de la croissance démographique, qui reflète les modifications des objectifs fédéraux en matière d’immigration, aura un impact négatif sur la consommation et la croissance du PIB : l’économie canadienne devrait croître d’environ 1 % en 2026. Par conséquent, cet élément clé du niveau de vie pourrait connaître une légère progression en 2026, même si l’économie dans son ensemble continue de tourner au ralenti.
5. Recul des consommateurs face à la persistance des pressions en matière d’abordabilité
Les jeunes Canadiens subissent un stress accru face à l’endettement

Remarque : Les données les plus récentes sont celles du T4 2025
Les pressions sur le coût de la vie demeurent importantes, avec une hausse des prix des articles de base, comme le bœuf et le café, qui ont grimpé de plus de 10 % au cours des derniers mois. Soutenues par la croissance démographique et les effets de richesse générés par la vigueur des marchés boursiers, les dépenses globales des ménages se sont maintenues, mais la croissance de la consommation par personne a été faible.
Les pressions financières devraient s’intensifier, car près de 60 % des prêts hypothécaires seront renouvelés cette année. Environ un tiers d’entre eux devront faire face à des paiements plus élevés, pouvant augmenter de 20 % dans certains cas. Le taux de défaut de paiement des ménages sur des dettes futures a atteint un niveau record de 10 %, les jeunes Canadiens étant particulièrement touchés l’année dernière en raison d’un marché de l’emploi difficile.
Bien que l’inflation diminue en 2026, un climat économique général plus sombre et des écarts d’abordabilité persistants devraient entraîner une baisse supplémentaire de la contribution de la consommation des ménages à la croissance économique.
6. Le dollar canadien s’apprécie en raison de l’évolution des taux d’intérêt et de l’appétit pour le risque
Hausse des contrats à terme sur le dollar canadien

Le dollar américain sort de l’une de ses périodes les plus sombres depuis des décennies. La volatilité entre l’USD et le CAD est l’une des plus faibles parmi les grandes paires de devises par rapport au billet vert. L’incertitude politique récente aux États-Unis a augmenté le risque pour les investisseurs, ce qui les a poussés à chercher d’autres options pour diminuer leur vulnérabilité.
Les marchés s’attendent de plus en plus à une hausse des taux d’intérêt au Canada, tandis qu’ils devraient baisser aux États-Unis. Cette divergence pourrait entraîner une hausse de la demande pour les obligations d’État canadiennes, ce qui ferait augmenter la valeur du huard.
Dans ce contexte, la robustesse des institutions canadiennes et les tendances concernant les taux d’intérêt constituent une base solide pour la devise. Le dollar canadien pourrait s’approcher de 76 cents d’ici la fin de l’année. Une appréciation du dollar canadien rendrait à son tour nos exportations légèrement plus coûteuses pour les acheteurs étrangers.
Conclusion
Le Canada a évité l’an dernier de basculer dans la récession, mais il fait maintenant face à une épreuve plus fondamentale : peut-il passer d’une logique de survie à une croissance durable ? Alors que les changements démographiques émergents continuent de façonner le paysage économique, l’économie canadienne évoluera sous son potentiel, préparant le terrain à un rôle plus important de la politique budgétaire cette année.
Les attentes à l’égard des milieux d’affaires sont élevées quant à leur capacité de lutter contre la complaisance et de s’adapter à des États-Unis qui prennent leurs distances par rapport à leurs voisins. Le principal défi pour l’économie canadienne sera de gérer cette transition difficile sans permettre que les faiblesses passées ne s’enracinent davantage.